Appréciation, Auteur (e) par ordre alphabétique, Auteur(e) en A, Belfond, Historique, Les maisons d'éditions, LIVRE, Policier, Très bonne lecture

Des vies volées de Susan Allott

Fragment de livre en guise de mise en bouche :

 « Et comment ça se passe ?

— À merveille. » Elle se tortille sur le cuir souple du siège passager. « Pourquoi tu demandes ça ?

— T’étais une vraie furie avant de partir.

— J’avais vingt-cinq ans.

— Tu jouais hors catégorie, Isla. J’étais là, parfois. Personne n’arrivait à te suivre.

— Je sais.

— Je craignais de te voir couler, à Londres. »

Elle passe une main dans ses cheveux en bataille. « C’est ce qui a fini par m’arriver. »

Il dépasse une autre voiture, jette un coup d’œil au rétroviseur en prenant soin de respecter la limite de vitesse. Son frère. Toujours sensible et prudent. Il a bossé dur, s’est marié jeune. Et il arrive à se souvenir de ses vingt ans. De ses vingt ans à elle.

« T’as raison, reprend-elle. C’est devenu un problème. L’alcool.

— Ça me rassure de te l’entendre dire.

— Je m’en tiens à distance maintenant. Enfin, autant que possible.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Ça veut dire que je suis alcoolique. »

Mon avis :

Le décor se plante lentement. Je suis rentrée petit à petit dans le récit. Les chapitres sont courts et rythmés. C’est une technique qui permet de plonger assez vite dans l’histoire personnelle d’Isla. Isla est une jeune fille ingénue et une femme détruite. Elle m’a un peu fait penser à Rachel dans La fille du train de Paula Hawkins. Elle est alcoolique, pas vraiment aidée par sa famille et isolée. 

Maddie a disparu depuis plus de 30 ans. Seulement, elle ne se présente pas pour réclamer son héritage. Bizarre ! Les policiers rouvrent l’enquête et les soupçons tombent sur le père d’Isla. Il serait le dernier à l’avoir vue vivante. Mais Steve, son mari ne peut-il pas être impliqué ? Son père avait-il plus qu’une simple relation de voisinage avec Maddie ? Isla va fouiller dans ses souvenirs et ceux du quartier pour avoir le fin mot de l’histoire. Elle a des doutes concernant son père, mais elle le croit aussi innocent. Plus elle enquête, plus elle doute. Tout le monde semble le considérer comme coupable. 

Isla est une jeune fille aimante, curieuse qui idolâtre son père et à une relation plutôt conflictuelle avec sa mère. Son père est un homme bon. L’excès de boisson la détruit ainsi qu’une femme qui ne lui correspond pas vraiment. Ils attendent un deuxième enfant. Les incertitudes, les peurs les assaillent… Ils ne parlent pas et ça s’envenime. Maddie s’en mêle en essayant de les conseiller. Serait-ce un mobile de meurtre ?

Ce meurtre cache une histoire plus sombre. L’Australie a volé toute une génération. Les policiers enlevaient des enfants d’aborigènes pour les placer dans des institutions, des orphelinats ou des familles blanches. Notre société critique énormément la police d’hier. L’auteure a un point de vue intéressant. L’horreur de leur acte nous explose au visage, et pourtant, difficile de juger. Qu’aurais-je fait si j’étais policière à cette époque ? Et si l’on me disait que j’enlevais ses enfants à des familles maltraitantes pour une meilleure vie, est-ce que je l’aurais fait ? Je serais bien incapable de vous répondre. L’écrivaine reste en retrait. Elle ne laisse pas transparaître son avis, c’est bien. Du coup, son roman est un peu aseptisé. 

 L’auteure a construit son récit en semant le doute, en faisant jouer le passé et le présent. La critique sociale sous-jacente est intéressante. L’alcoolisme est un autre sujet analysé ici. Est-ce une faiblesse de famille ? Si un parent est alcoolique, sommes-nous destinés à le devenir ? La consommation d’alcool est un sujet de plus en plus d’actualité. Après le manque de sport, le déconfinement signe le début des débits de boissons…

En résumé : C’est une très bonne lecture, une intrigue qui se tient, une critique bien construite, mais pas assez approfondie. Susan Allott signe un premier roman marquant, à suivre !

D’autres avis :

tous les livres sur Babelio.com

1 réflexion au sujet de “Des vies volées de Susan Allott”

Laisser un commentaire