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Au début, je lisais et c’était sans saveur. Je me suis vite dit : tout ce bruit pour ça. Tristesse, j’étais déçue. J’ai voulu m’accrocher et heureusement, car cette impression n’est pas restée. L’histoire s’est faite de plus en plus intense, puis le personnage d’Eugénie fait clairement la différence. J’ai commencé à souligner tout un tas de passages. J’ai corné beaucoup de pages. C’est positif.
Je mets les points sur les i dès le début, je ne connais pas Charcot. C’est un nom de la psychiatrie, j’en ai entendu parler lors de mes cours sur l’hystérie. Mon savoir se limite à cela, donc je ne me ferai pas juge de la véracité de l’histoire.
La Salpêtrière a été un jour une école, mais aussi et surtout un asile. Les médecins faisaient des expériences sur les patientes, consentantes ou non. Charcot utilisait des modèles vivants pour illustrer ses cours. L’une de ses préférées est Louise, jeune épileptique et souvent demandée sur scène. Charcot induit, grâce à l’hypnose, des crises d’hystérie. Ces crises, seules les femmes en sont victimes. C’est leur utérus qui se balade. La considération pour les malades n’existe pas.
Geneviève est une infirmière. Elle a toujours assisté les médecins. Son père, puis Charcot. Elle les vénère. Elle n’est donc pas dans la situation de remettre en cause un système pourri jusqu’à la moelle. L’arrivée d’Eugénie va tout changer. Celle-ci est saine d’esprit, ou presque.
Eugénie juge les médecins, les hommes en général, ceux qui soumettent les femmes comme de vulgaires objets ou expériences. Elle questionne. Cela dérange.
Thérèse est une ancienne prostituée et la mère de toutes les aliénées. Elle les a vues arriver et elle ne compte pas partir. Elle veille. Un bras de fer avec Geneviève, mais aussi parfois une alliance.
Chacune attend le bal comme une aubaine, une ouverture sur le monde, un potentiel changement. Qu’est-ce que ce bal, sinon un spectacle vivant, une hypocrisie et un divertissement au détriment de ces femmes ?
Terrible, sensible et piquante, la plume de Victoria Mas donne de la voix à ces femmes, ces victimes des hommes et de l’histoire. Elle leur donne un nom, une identité et leur rend peut-être un peu de dignité. Ce n’était peut-être pas une Louise ou une Thérèse enfermée là-bas, mais le vécu, c’était celui-ci. Le bal de la mi-carême, une vérité historique. Quand l’humain est oublié, les dégâts sont effrayants.
En résumé :
C’est une histoire sensible qui monte crescendo, une écriture d’abord descriptive puis directe, pugnace et pleine de verve. Un livre à partager ! La santé mentale en étendard ! Comment aide-t-on les autres ? En les enfermant, ou en les aidant à vivre leur folie et avec elle ?
Citation
« – Et depuis vingt ans… on ne vous a pas laissée sortir d’ici ?
– J’ai pas envie d’sortir. – Non ? – Oh, non. Tu vois, j’me suis jamais sentie aussi tranquille qu’entourée de folles.Les hommes m’ont maltraitée. Mon corps est cabossé. J’boîte, ma jambe m’fait mal. J’ai des douleurs à crever chaque fois qu’je pisse. J’ai une cicatrice qui m’traversetout le sein gauche, on a voulu me l’couper au couteau. Ici, j’suis protégée. On estentre femmes. J’tricote des châles pour les filles. J’me sens bien. Non, dehors, plus jamais. Tant qu’les hommes auront une queue, tout l’malsur cette terre continuera d’exister. Eugénie se sent rougir et détourne le visage. Elle n’a pas l’habitude d’entendre unlangage si cru. Ce n’est pas tant le fond qui la déstabilise que la forme. »
Extrait de Le bal des folles Victoria Mas Ce contenu est peut-être protégé par des droits d’auteur.
Contente que malgré des débuts peu enthousiastes, tu aies poursuivi et aimé ce roman qui m’a marquée.