Fragment de livre :

Le dépeçage exige d’excellents outils. Je vais en tailler de nouveaux, décida Mégacéros en s’asseyant en tailleur.
-Reconnais plutôt que tu ne veux pas nous aider ! dit L’Affectueuse, mécontente.
Elle se tourna vers Le Fonceur, qui ne réagit pas.
Armé d’un galet, Mégacéros frappa un bloc de silex de coups précis. Les premiers éclats jaillirent.
Je répare le gué, annonça L’Élégant en s’éloignant.
– Ce n’est pas urgent ! protesta Saga. Ni indis-
pensable. Les Piégeurs-de-Rennes ne nous ont rien demandé à ce sujet.
– Ils seront contents ! cria-t-il sans se retourner.
De l’eau jusqu’aux cuisses, il commença à remuer les pierres en tournant le dos au chef. Mais il n’avait rien à craindre : Le Fonceur restait planté sur la rive, le regard fixé sur les reflets miroitants. Contrariées, les femmes se remirent au travail, par habitude autant que
par sens du devoir.

Mon avis :

Une des sagas jeunesse qui m’a le plus marqué est Yona fille de la préhistoire. Yona est une chamane, guérisseuse, un personnage important. Cette saga réunissait une époque qui me passionnait et la lecture que je commençais à apprivoiser. Quand j’ai vu le roman de Sophie Marvaud dans la catégorie polar historique, je n’ai pas pu résister. Il faut dire que Maud du blog « Les lectures de Maud » me l’a très bien vendue. 

Mon avis reste cependant nuancé. Si vous vous attendez à un polar classique avec un environnement différent, vous risquez d’être déçu. La partie polar et enquête reste au second plan. L’auteure nous fait entrer dans la vie du clan. Elle essaie de transmettre les positions de chacun, les enjeux et également les fondements culturels. La société de la préhistoire regorge de nuances, elle est riche. Sophie Marvaud en quelques lignes nous dresse un tableau de cette société. Sa plume est descriptive, pédagogique sans lourdeur. 

Licorne, la puissante se fait vieille. Elle possède le don et la connaissance pour guérir les personnes. Elle est décidée, elle va transmettre son savoir à la jeune Iranie. Licorne, la puissante est sûre que les esprits l’ont choisi. Elle sera la digne successeure. Elle endossera à merveille le rôle. Son enthousiasme rassure Licorne la puissante. Elle l’annonce au clan des Grandes-Mains-Blanches. La joie est loin d’être unanime. Iranie vole la vedette à sa sœur et devient le centre de l’attention. Cependant, elle se fait d’autres ennemis moins évidents. Le lendemain, elle est retrouvée étendue sur la rive morte. Le clan conclut à un accident, mais Licorne, la puissante n’est pas convaincue par cette thèse. De plus, elle a remarqué certains petits détails qui contredisent la thèse de l’accident. Désormais sur ses gardes, elle écoute, et tend l’oreille à la moindre critique. Le coupable commettra peut-être des impairs, qui sait ? Elle sera prête. 

L’auteure nous dépayse totalement. Nous sommes loin des enquêtes avec les médecins légistes, les laboratoires… Les mobiles restent le pouvoir, la jalousie ou tout simplement la peur du rejet. Ce sont des mobiles présents à toutes les époques et d’autres moins évidents. En quelques lignes, l’auteure nous explique le mode de fonctionnement des clans, les tâches de chacun, le statut social et son importance. Certaines informations sont surprenantes. 

 L’enquête prend également une dimension spirituelle. La chamane consulte les esprits, ils lui parlent. Pour la(e) lectrice (eur), cet aspect apporte une touche surnaturelle. Cet aspect de l’enquête est fascinant : D.

Malgré tous ces points positifs, un regret demeure comme beaucoup de livres, je ne me suis pas totalement attachée aux personnages. La raison est toujours là même, des émotions plates et une distance tenace entre la(e) lectrice (eur) avec les personnages. C’est dommage, car les émotions en plus, et c’était le tiercé gagnant pour moi. 

En bref, j’ai beaucoup aimé ce polar au temps des mammouths avec les esprits, une chamane intelligente, superstitieuse et avec un brin de jugeote. L’auteure nous sort des sentiers battus avec un fond historique riche et en choisissant la préhistoire comme époque. L’enquête ou la résolution n’est pas le point le plus important, c’est plutôt le mobile.

Rédigé par

Les paravers de Millina

Passionnée de livre... Fantasy, Policier et Romance :)