NE LIRE QUE LES HUIT PREMIERES LIGNES !

Fragment en guise de mise en bouche :

« Personne n’avait jamais parlé à Sashenka comme le faisait Mendel. Sa mère voulait faire d’elle une bécasse qui gaspillerait sa vie en bals mondains, en mariages désastreux et adultères minables. Quant à son père, elle l’adorait mais il remarquait à peine son « petit isatis » et ne la considérait au mieux que comme une jolie mascotte dont on caresse les cheveux. Sa chère Lala avait depuis bien longtemps accepté son destin et ne lisait que des romans du genre de Lady Cynthia de Fortescue et l’Amour du cruel colonel. Quant à oncle Gideon, c’était un libertin dégénéré qui avait déjà essayé de flirter avec elle. Une fois, il avait même eu le culot de lui caresser les fesses ! »

Mon avis :

Vous est-il déjà arrivé de choisir un livre à son titre parce que les sonorités vous plaisaient ? Dans mon cas, c’est assez rare. Sashenka fait partie de ses exceptions. Il avait en plus l’avantage d’être en hardback. Je me suis lancée avec une seule idée en tête, ce livre sera sur la Russie. Oui, c’est un peu cliché, mais c’est vrai. Pour le reste, je ne savais pas dans quelle époque j’allais débarquer. Je ne connaissais pas non plus la trame. Certes, la couverture donnait quelques indices. Elle faisait ressortir le froid et un certain luxe. Elle a visé juste, bien que les indices soient maigres. Je n’ai pas lu le résumé et encore une fois, j’ai bien fait. La 4e de couverture est encore un beau travail de sagouin. Elle spoile la moitié du roman et crée des attentes inutiles, car l’intrigue n’y répondra pas. On pourrait croire à une romance historique, or si romance, il y a, elle n’est qu’au second plan.  

Vous l’aurez compris, je me suis lancée dans ce beau pavé avec très peu d’attentes et surtout l’idée que j’allais être dépaysée. J’étais encore loin de me douter que ce livre malgré ces petits nuages est un beau gros coup de cœur, de ceux qui viennent petit à petit. 

Simon Sebag Montefiore est un auteur passionné et un historien britannique spécialisé dans l’histoire de la Russie. Il a d’ailleurs écrit plusieurs ouvrages sur les Romanov, mais aussi Staline et la grande Catherine de Russie. En tant que lectrice, j’ai senti tout de suite que l’auteur maîtrise le sujet. Il allie une plume légère et efficace avec des personnages et événements historiques documentés. À la fin du roman, une riche atteste d’un travail de recherche fourni. Le portrait de Staline fait frémir. Il en ressort un certain charisme comme un rayonnement. Je comprends qu’il ait fasciné. Mais ça n’excuse en rien, les actes horribles commis en son nom. Ce n’est pas le seul personnage historique dont on croise la route. Sa fiction se déroule en trois temps. La première est consacrée à la révolution russe, la seconde à l’époque stalinienne et la troisième à la Russie sous Eltsine. Un de mes petits nuages, c’est cette impression de plonger dans une époque puis d’être parachuté 20 à 40 ans plus tard. La(e) lectrice (eur) papillonne. Pourtant, la trame de l’histoire le justifie aisément. Ce processus crée également le suspense ainsi qu’une certaine attente.    

L’auteur a choisi une protagoniste atypique pour parler de révolution. Sashenka est une jeune femme qui vient d’un milieu aisé. Elle est la fille d’un riche aristocrate. En cela, elle représente l’ennemi de la révolution bolchévique. Pourtant, il serait idiot de réduire Sashenka à sa filiation. Sashenka est éduquée. Elle dévore les livres, sans jamais étancher complètement sa soif. Elle lit du Marks, des classiques russes… Sa soif de connaissance n’a pas de limite. Elle aiguise son esprit critique. Elle ouvre les yeux sur une société qui dépérit. La différence des classes se creuse. Le peuple a faim, tandis que le tsar est sa cour font 4 repas par jour. Elle voit là où le tsar est aveugle. Pour son peuple et avec un brin d’esprit rebelle, elle embrasse la révolution. Elle y trouve du soutien, de la solidarité et l’impression d’être utile. Au nom de la révolution, elle sera arrêtée et même incarcérée. La police du tsar essaie aussi de faire d’elle une de leur taupe. Cependant, sa détermination se renforce. Elle rentre dans leur jeu du chat et de la souris. Mais qui est le chat, qui est la souris ? C’est une amoureuse de la révolution et elle n’aura de cesse de le prouver. Son statut évoque une certaine méfiance. Il rend son combat moins légitime que celui des pauvres paysans. Qu’a-t-elle à y gagner ? La filiation de Sashenka est aussi un problème, car elle la protège. Donc, elle ne risque pas autant que les autres révolutionnaires. Pourtant, Sashenka y met du cœur. Elle se rend indispensable. Elle arpente les rues de Moscou avec des armes, des munitions ou encore des prospectus. Une seule question demeure. Sera-t-elle prête à tuer pour ses idées ? Cette question la taraude. Elle redoute le jour où elle y sera confrontée. Elle l’attend. Cette dualité la rend plus humaine. 

Je fais le choix de ne pas vous parler des deux autres parties. Je n’ai pas envie de vous gâcher le suspense. Ce serait dommage !

Sashenka m’a plu parce qu’elle a du cœur malgré un entourage de bras cassés. Son père est riche et prospère, mais marié à une femme qui le hait et l’humilie. Il est persuadé que sa mort est proche. Cela l’obsède. C’est une peur qu’il partage avec son frère. Gregori est un journaliste sans le sou, qui parie, trompe sa femme et dépense l’argent qu’il n’a pas. Il rampe. Il réclame de l’argent à son frère, toujours plus ! Sa femme et ses enfants ne bénéficient que rarement de la somme et vivent dans la pauvreté. La mère de Sashenka c’est une autre paire de manches. Elle est aigrie. Elle a besoin d’attention, son mari ne lui en donne plus, elle la cherche auprès de Raspoutine. Elle n’est qu’apparence et luxure, sa fille en pathie. Elle dit d’ailleurs qu’elle n’aime pas sa mère, pourtant elle a essayé. Simplement, celle-ci ne s’est jamais intéressée à sa fille, et de plus, elle est au cœur de scandale. Sashenka a des sentiments très ambigus envers sa mère. 

En bref, vous l’aurez compris, j’ai eu un vrai coup de cœur pour cette fresque historique fouillée et documentée. L’auteur nous offre un savant mélange de suspense, de sagas familiales, d’histoire de vie et de révolte. Certes, l’auteur tait certains événements pour mieux se pencher sur d’autres, c’est parfois frustrant, mais son choix est justifié, et maintient l’intérêt du lecteur. Certains portraits charismatiques sont terriblement fascinants. Je suis contente d’avoir fait confiance à mon instinct et je compte bien lire d’autres livres de lui. Je me suis noté « Le cercle de Pouchkine ».

Note : 5 sur 5.

Rédigé par

Les paravers de Millina

Passionnée de livre... Fantasy, Policier et Romance :)