Les vagues reviennent toujours au rivage de XAVIER-MARIE BONNOT

Fragment de livre en guise de mise en bouche :

— Pour faire le fa dièse, faites glisser votre doigt légèrement vers vous… Comme cela. Ne vous crispez pas. Voilà, vous y êtes.

Le souffle tiède d’Éva court sur l’avant-bras de Michel De Palma. Il cherche à se détendre.

— Voilà, un peu plus souple, et maintenant tirez l’archet depuis le talon jusqu’à la pointe. C’est bien, Michel. Redressez un peu le violon.

Le crin arrache de la corde un miaulement rauque.

— Vous trouvez ça bien, Éva ?
— Mais bien sûr. En deux mois de violon, vous ne voulez pas jouer les concertos de Bach, tout de même !
— Non, je…

Éva pose délicatement son instrument sur le Pleyel quart de queue qui trône dans son salon et plonge son regard tendre dans celui plus obscur de De Palma. Ses longs cheveux noirs d’Indienne qu’elle attache avec un bandana lui donnent un air mutin.

— Votre poignet s’est pas mal assoupli, fait-elle en secouant sa main devant ses yeux.
— Je m’entraîne…

Mon avis :

Un policier “sociétal” et engagé !
Dès le début, j’ai été bien happée par ce policier. C’est un policier sociétal et engagé, un sous genre de policier que j’affectionne beaucoup. Sa thématique est riche. Il cible surtout l’immigration. Il m’a beaucoup fait penser à un livre que j’ai lu récemment qui traitait du même sujet La frontiera de Alessandro Leogrande (lu en italien, malheureusement pas traduit) sur l’opération Mare Nostrum, mais en Italie. Je peux donc affirmer sans trop me mouiller que ce livre est fouillé, il y a un grand travail de recherche et ça se voit. Ma mère l’a lu également et elle partage mon avis.
La haine raciale pousse-t-elle au meurtre ?
Une psychiatre de SOS Mare Nostrum qui vient au secours de migrants en Grèce est retrouvée morte. Elle se serait suicidée selon la police. Mais un des flics, Karim Bessour, est loin de partager cette hypothèse de travail. Il va demander à Michel de Palma d’enquêter. Celui-ci va se lancer dans l’enquête d’autant plus que la victime est une ancienne conquête. Plus il creuse, moins il croit à la thèse du suicide. Surtout que pas mal d’éléments dans l’appartement de la victime ne correspondent pas avec cette thèse.
Cette psychiatre évoluait dans un milieu où l’on se fait pas mal d’ennemis, comme les partisans d’extrême droite et ce n’est pas ce qui manque en Grèce. Peut-être que l’un d’entre eux a voulu donner l’exemple en l’assassinant ?
Migrants, réfugiés, et extrême droite !
L’auteur développe le thème de l’immigration et celui du parti grec d’extrême droite, l’Aube dorée, avec maestria. Il revient aux origines sans que ça alourdisse son récit. J’ai vraiment apprécié les petites leçons d’histoire qui viennent enrichir le récit et éclaircir certains propos.
Les réfugiés et leur histoire ne sont pas oubliés, l’auteur nous offre un témoignage poignant à travers un manuscrit découvert chez la victime. Il permet de comprendre et de connaître un peu plus ce qu’a pu voir, entendre la victime. Cela m’a permis de me sentir plus proche d’elle.
Michel de Palma, un flic avec panache !
J’ai beaucoup aimé ce flic méticuleux, qui cherche la justice. Il enquête avec respect sur la victime et ne laisse rien au hasard.
Petit hic ou pas !
Si j’avais écrit ma chronique juste après avoir refermé le livre, j’aurais dit “gros hic”, car je n’avais pas tout à fait compris la fin comme si j’avais loupé une page. Puis, en y réfléchissant à tête reposée, elle m’a paru plus claire. Disons que c’est peut-être ma seule réserve, c’est qu’elle n’est pas assez limpide. Mais elle est surprenante et logique.

En résumé : c’est une très bonne lecture. J’apprécie toujours un bon policier engagé et humain. La plume sensible de l’auteur est “the must”.

Note : 4 sur 5.

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