Cher(e) voyageur(e),

J’ai lu ce livre en lecture commune avec Marie du blog « Mots et pelotes », Jay de « 4 de couverture » et Aurélia de « Ma lecturothèque ». Pour la lecture commune, je n’avais clairement pas voté pour ce livre en premier. Il me faisait envie, mais d’autres titres encore plus, néanmoins je suis contente de l’avoir lu. J’ai été d’autant plus tentée que la couverture de l’édition Gallmeister est sublime.

Citation :

«— Est-ce que par hasard… vous… seriez intéressé par cette… bague… ?
Combien de fois avait-il préparé cette question anodine, la répétant et se la posant sans cesse ? Et pourtant elle sonnait bizarrement à ses oreilles à présent, comme une suite grotesque de syllabes dépourvues de sens.
L’homme le regardait toujours fixement.
— Quelle bague ?
— Oh ! C’est vrai ! Il réussit à sourire. Il fit glisser la bague du doigt de sa main gauche et la posa sur le comptoir, craignant de toucher la main de l’homme. « Je… passais par là et ma voiture est tombée en panne. À quelques kilomètres d’ici. Je n’ai pas d’argent sur moi et si je pouvais vendre ma bague… Elle a beaucoup de valeur.  »

— Walter Tevis

Mon avis :

J’ai découvert une plume qui m’a plu. Elle est immersive, fluide et concise. Le travail de traduction rend vraiment bien. La(e) lectrice (eur) est comme une petite souris. Elle (il) s’infiltre dans les différentes scènes. Elle (il) est spectatrice (eur) indiscret(e) et témoin de toutes les étrangetés. Sans doute, est-ce grâce à cela que j’ai été aussi rapidement plongé dedans. Au bout de 10 chapitres, nous nous sommes dit que lire un seul chapitre tous les jours serait compliqué. Le chapitre nous avait à peine happés que l’on devait arrêter notre lecture et attendre le lendemain. Nous nous sommes concertés, nous avons décidé de passer à deux chapitres par jour. Ce rythme était clairement plus adapté. Les chapitres sont plutôt courts dans la première partie et beaucoup plus longs dans la deuxième partie. Je dirais que c’est dommage qu’il ait abandonné les chapitres courts, car ils auraient été appropriés pour nous laisser digérer cette fin et renforcer l’attente. 

Dès les premières pages, nous sommes au côté de Newton. Il est étrange. Un épisode impliquant une saucisse m’a déstabilisée et fait pouffer de rire. J’ai cru que j’avais mal lu. Je ne dirais qu’une chose : « quelle considération pour une saucisse ! » Puis les pages défilent. La lecture est fluide. Newton intrigue, son étrangeté fait sourire et déstabilise. Parfois, je me disais, mais les humains qui interagissent avec lui sont soit aveugle, soit idiot ou les deux ! Le plan de Newton paraît loufoque, déjà pour un humain lambda, mais pour un extraterrestre qui n’a pas un sou en poche ! Son projet est ambitieux et improbable. Sidérant. Newton y a pensé. Il échange des alliances d’or contre de la monnaie. Ce processus long fastidieux devrait interpeller les autorités et pourtant… Il avance, mais où tout cela nous mène-t-il ? Newton est-il le seul de son espèce ? D’où vient-il ? Prépare-t-il l’invasion des extraterrestres sur Terre ? 

Tandis que Newton trace son petit bonhomme de chemin, il éveille l’intérêt de Pr Bryce, un scientifique. Je ne l’introduirai pas plus que cela, car sinon nous serions presque à plus de la moitié du roman. Cependant, je vous avoue que je n’ai pas tellement adhéré au personnage. Si le portrait de Newton est précis, ses sentiments et sa manière d’être recherché et travaillé en comparaison de Bryce comme Betty Jo font pâle figure. Je ne peux m’empêcher de voir ses deux personnages comme des outils. Betty Jo est une femme simplette. Elle tend la main à Newton et ne demande rien en retour. Elle a cette gentillesse. Cependant, c’est sa seule qualité, car pour le reste, elle est très idiote. Ses pendants masculins ne souffrent aucunement de la comparaison. Bryce et elle sont de gros buveurs d’alcool pour la compagnie ou pour échapper à la monotonie du quotidien. Walter Tevis a peut-être voulu glisser une critique sociale dans le roman ? Si la critique me paraît intéressante et encore d’actualité, je ne suis pas sûre d’avoir compris les propos de l’auteur. Je ne sais pas dans quelle mesure, il ne justifie pas l’alcoolisme à travers plusieurs thématiques : le complotisme, la corruption de l’état, les écarts des classes sociales, le manque de considération, l’insatisfaction, la dépression… Est-ce que cette tendance à la boisson ne cache pas une réalité plus profonde ? L’argent ne fait pas le bonheur, il corrompt. L’alcool est le seul remède. Il comble ce vide par une légère euphorie. Je n’ai jamais compris que l’on puisse boire à s’en rendre malade. Cependant, je peux comprendre que certains recherchent l’état d’ébriété, cette légèreté et ce sentiment de lâcher prise. Betty Jo en est le parfait exemple, plus atteinte que les autres par la boisson. Elle abuse de l’alcool, peut-être est-ce lui qui la rend simplette ? Elle a abusé du système social et en contrepartie, elle a plongé dans la boisson. Ce personnage nous a beaucoup interrogé Marie, Aurélia et moi. Si vous avez des idées ou même une analyse du personnage, je suis tout ouïe.

Et puis viennent la dernière page et la fin de l’aventure, elle m’a laissé un goût amer. Elle est terrible et dérangeante. Elle n’est pas digne. Personne n’en sort indemne. J’ai réfléchi sur une autre fin et je n’en vois pas. Cette fin est la plus juste, quoiqu’un peu détestable et cruelle.  

En résumé, je me suis un peu attachée à Newton et je me suis laissé prendre par l’histoire et l’univers. Walter Tevis imagine le regard que les extraterrestres pourraient porter sur notre société. Quels sont leurs projets ? Nous envieraient-ils notre planète ? Voudraient-ils nous exterminer ? C’est avec brio et désillusion qu’il autopsie sa société. Ce n’est pas reluisant, mais tout n’est pas bon à jeter, n’est-ce pas ?

Note : 4 sur 5.

Rédigé par

Les paravers de Millina

Passionnée de livre... Fantasy, Policier et Romance :)