Fragment en guise de mise en bouche :

J’ai repris les fonctions de mon mari après son départ – ou plus exactement sa disparition. Philippe Toussaint apparaît sous la dénomination « disparition inquiétante » dans le fichier national de la gendarmerie.

Il me reste plusieurs hommes pour horizon. Les trois fossoyeurs, Nono, Gaston et Elvis. Les trois officiers des pompes funèbres, les frères Lucchini qui se prénomment Pierre, Paul Jacques, et le père Cédric Duras. Tous ces hommes passent plusieurs fois par jour chez moi. Ils viennent boire un verre ou manger une bricole. Ils m’aident aussi au jardin potager si j’ai des sacs de terreau à porter ou à réparer des fuites d’eau. Je les considère comme des amis, pas comme des collègues de travail.
Même si je ne suis pas là, ils peuvent entrer dans ma cuisine, se faire couler un café, rincer leur tasse et repartir.

Mon avis :

J’en entendais parler depuis super longtemps. Gilles Legardinier a dit lors d’un événement que s’il y a une auteure qu’il conseillait de lire, c’était Valérie Perrin. Or, Gilles Legardinier est ma référence. Il a su éveiller mon intérêt. Le résumé avait titillé ma curiosité. Puis lors d’un événement Google meet, Valérie Perrin présentait son roman et au lieu d’avoir envie de partir à la découverte, mon enthousiasme était retombé. L’auteure m’avait fait l’effet de quelqu’un de faux et d’emprunter. Un jugement sans doute très hâtif. Heureusement, ma maman n’a pas été influencée comme moi. Elle a craqué sur son roman en librairie. Elle l’a dévoré et elle m’a dit tu devrais le lire. Pour une fois, elle me conseillait un livre, comment refuser ? J’ai mis trois mois à le caser sur ma table de chevet, mais ça y est, je l’ai lu. 

Et, mon avis dans tout cela !

 Valérie Perrin a construit son roman autour d’un personnage féminin atypique. Violette Toussaint sort du lot. Elle passe son temps avec des voisins silencieux. Ils sont tranquilles : pas de radio, pas de fête jusqu’à pas d’heure, pas de mots plus hauts que d’autres, en fait pas de mot du tout. Et pour cause, ils sont morts. Eh oui ! Violette est garde-cimetière. C’est un métier pas commun. Violette s’habille en noir, une façon de respecter le deuil des visiteurs. Elle consigne le déroulé des enterrements. Elle offre un café ou de l’alcool pour éponger le chagrin. Elle recueille les confidences sans les demander. Elle est bien accompagnée. Les frères Lucchini du magasin de pompes funèbres squattent souvent sa loge pour un café. Avec leurs aides, elle prend soin des morts, de leur mémoire, et elle fleurit le cimetière, égaille leur repos éternel… Lorsque des petits plaisantins se glissent dans le cimetière, Violette n’hésite pas à leur faire des blagues. Je peux vous dire qu’elle est inventive comme pas deux. C’est comique, enfin ça dépend pour qui, mais chutt… 

Elle a sa routine, ses amis et un mari disparu depuis plusieurs années et c’est tant mieux. Un beau matin, un inconnu débarque au cimetière. Il a l’air hagard. Il doit enterrer sa mère. Selon ses dernières volontés, elle veut reposer dans le cimetière de Violette sur la tombe d’un homme. Celui-ci n’est pas son mari, mais qui est-il pour elle ? Il n’est pas prêt à l’enterrer. Le processus de deuil est entamé, mais il a l’impression que sa mère vivait une double vie. Il est désemparé, il pensait la connaître… Violette est touchée par cet homme et son désarroi. Peut-être reprendra-t-elle pied dans la vie ? Et puis, cet homme amène avec lui son lot de questions. Il est gendarme, fouiller dans la vie d’autrui est une seconde nature. Il a une sacrée nouvelle à lui annoncer. À la place de Violette, j’aurais été très tentée de lui mettre un bon coup de pied dans le derrière. Cependant, Violette est loin d’être comme tout le monde.   

Violette est un petit bout de femme qui s’est construite toute seule. Elle est à l’image d’une belle de nuit. Elle pousse n’importe où comme une mauvaise herbe, mais quand elle éclot, elle est saisissante et belle. Elle résiste à la chaleur au mauvais temps quoiqu’il advienne. Il y a eu des nuages dans la vie de Violette. À certains moments de ma lecture, je me suis dit qu’elle n’avait vraiment pas de chance, un aimant à malchance. Elle a de sacrées valises. C’est d’ailleurs la seule ombre au tableau. La vie a été chienne avec elle. Peut-être un peu trop ? Pourtant elle a trouvé la force de vivre. Cette force m’a émue, et puis la vie, c’est aussi de belles éclaircies. Ça rééquilibre la balance.

Ce roman est aussi plein de suspense concernant le passé de Violette. Comment en est-elle arrivée à devenir garde-cimetière ? Où est son mari ? Pourquoi est-il parti ? Pour aller où ? Est-il seulement en vie ? Ce gendarme va-t-il enterrer sa mère ? Va-t-il nous confier son histoire ? 

La plume de Valérie Perrin est addictive, elle écrit son livre comme un scénario de film. Les flashbacks sont disséminés, ils nourrissent la soif d’information du lecteur et pourtant ce n’est pas assez. Il y a toujours une part de mystère. Les mots coulent tout seuls, les pages défilent. Les phrases sont parfois un mot, un groupe de mot ou plus long. Elles marquent le rythme, tiennent en haleine ou soulignent la mélancolie, la douceur ou encore la beauté du moment. J’ai été séduite par sa plume, les scènes dépeintes, l’histoire de Violette et puis celle du gendarme. Elles se croisent, se mêlent et s’entremêlent. C’est savamment orchestré. 

En bref, ce roman déstabilise, il sort de l’ordinaire, surprend. Il se dévore. Il émeut. Il fait sourire. Une lecture vivante, elle nous apprend à apprécier les choses simples : un sourire, un café en terrasse, un rayon de soleil ou encore le chant des oiseaux. J’ai qu’une hâte, découvrir « Les oubliés du dimanche » et puis « Trois ». Plus rien ne m’arrête ! 

Note : 4.5 sur 5.

Rédigé par

Les paravers de Millina

Passionnée de livre... Fantasy, Policier et Romance :)