Fragment de livre en guise de mise en goût :

– La plupart des études ne démontrent-elles pas la faible valeur de ces évaluations ? Demanda Diane. Selon certaines, les évaluations psychiatriques de dangerosité se tromperaient une fois sur deux.

– C’est ce qu’on dit, admit Xavier. Mais plutôt dans le sens où la dangerosité est surévaluée que le contraire. En cas de doute, nous préconisons systématiquement un maintien en détention ou la prolongation de l’hospitalisation dans notre rapport d’évaluation. Et puis, ajouta-t-il avec un sourire d’une fatuité absolue, ces évaluations répondent à un besoin profond de nos sociétés, mademoiselle Berg. Les tribunaux nous demandent de résoudre à leur place un dilemme moral qu’en vérité personne n’est capable de trancher : comment être sûr que les dispositions prises à l’égard de tel ou tel individu dangereux répondent aux nécessités qu’impose la protection de la société sans porter atteinte aux droits fondamentaux de cet individu ? Personne n’a la réponse à cette question.

Mon avis :

Je l’ai découvert grâce au challenge Livr’addict. C’est une très bonne lecture. Une enquête atypique qui commence par la mort d’un cheval. Oui, oui, la police et la gendarmerie vont enquêter sur la mort d’un cheval. Mais qu’a-t-il de si particulier ce cheval pour convoquer la police et la gendarmerie ? Le commandant de la Police de Saint Martin, Servaz, se pose exactement cette question avant de découvrir la scène de crime. Puis une fois sur la scène de crime, la question ne se pose plus. Une vraie vision d’horreur s’offre à ses yeux. Seul un psychopathe peut être responsable d’une horreur pareille. Or des psychopathes dans la vallée, il y en a pléthore. L’hôpital psychiatrique de haute sécurité semble être l’endroit tout trouvé pour cacher le meurtrier. Servaz n’est pas convaincu, l’explication est trop simple et les mesures de sécurité de l’hôpital sont titanesques. Comment aurait-il pu contourner ces mesures ?
L’intrigue est complexe, rondement menée. Les chapitres s’alternent, et changent de point de vue car outre celui de Servaz, il y a également celui de Diane Berg. Elle est psychologue à l’hôpital psychiatrique où sont présents la plupart des suspects. Elle est nouvelle à l’hôpital. Seulement, ce qu’elle découvre, l’étonne, l’intrigue, il y a quelque chose de louche qui se passe à l’hôpital. Est-ce qu’il y a un lien avec le meurtre du cheval ? Le meurtrier serait-il entre ses murs ?

Des portraits pas singuliers !

Servaz est quelqu’un de très ouvert. Il est accompagné de ses deux seconds. Ils font tous les deux l’objet de moquerie au sein de la brigade parce qu’ils ne rentrent pas dans les clous. Et Servaz n’hésite pas à les prendre sous son aile. C’est également un père aimant et un peu papa poule, mais aussi quelqu’un avec pas mal de phobies et hypochondriaque.
Irène Zeigler, la gendarme est la femme sexy et intelligente. Un peu un archétype de la femme modèle et objet… Un peu trop parfaite et lisse mais intrigante.
Diane est une petite fouineuse, curieuse et un peu peureuse mais en même temps très courageuse.

Une thématique qui me laisse songeuse !

Au début, la thématique psychiatrique m’a un peu mise sur les dents. Ce livre renvoie une image qui desserre complètement les patients atteints de maladie mentale au quotidien. Les patients et la psychiatrie sont stigmatisés. Les patients sont vus comme des fous dangereux. Les psychiatres ne sont pas mieux lotis. Ils soumettent leurs patients à de vraies séances de tortures. Deux exemples :
un patient qui a des déviances sexuelles soumis à la tentation et dès que le désir s’éveille, il reçoit des décharges électriques.
D’autres patients reçoivent des cocktails médicamenteux au-delà des doses efficaces et pas toxiques.
Bref, tout ça pour dire qu’il fait l’amalgame entre un hôpital psychiatrique et un asile des années trente.
  Ce n’est pas ce genre d’idées qui va aider à casser l’isolement social des patients psychiatriques. Grâce à mon stage en psychiatrie, je sais qu’un schizophrène est son pire ennemi, ils sont rarement violents envers les autres mais plutôt envers eux-mêmes. Les psychiatres ne sont pas toujours des personnes abusant de leur pouvoir ou des médecins qui utilisent les médicaments comme des pilules miracles. De plus, il y a un grand nombre de garde-fous juridiques pour éviter que les psychiatres soient les seuls à décider des contentions, des chambres d’isolement, des hospitalisations sous contraintes. Après c’est vrai qu’en exagérant le trait il y a une critique de l’hôpital et des médecins. Parfois, donner un traitement sédatif permet de laisser le personnel en sous-effectif souffler…
Le final est bien construit. Il justifie bien l’intrigue et il est moins cliché.

En résumé : c’est une très bonne lecture. L’auteur a su attirer mon attention et me happer. Malgré une thématique pas super bien fouillée, l’ambiance et la façon de poser le décor sont atypiques et intrigants.

Rédigé par

Les paravers de Millina

Passionnée de livre... Fantasy, Policier et Romance :)