Fragment en guise de mise en bouche :

« — Patrocle, implora-t-il en posant sa main sur ma joue. Tu m’entends ? S’il te plaît, parle-moi.Je n’arrivais pas à m’empêcher d’imaginer la peau de Déidamie contre la sienne, ses seins gonflés et ses hanches cambrées. Je me souvins des longues journées où je l’avais pleuré, de mes mains vides et désœuvrées qui battaient l’air en vain, comme des oiseaux picorant inutilement la terre sèche.— Patrocle ?

— Ça n’a servi à rien.

Mon ton monocorde le fit grimacer. Mais s’attendait-il vraiment à une autre réaction ?

— Comment ça ?

— Ce n’est pas ta mère qui m’a appris où tu te trouvais. C’est
Pélée.

Il était devenu aussi pâle que s’il s’était vidé de son sang.

— Elle ne t’a rien dit ?

— Non. Tu l’as crue ? »

Mon avis :

J’ai enchaîné après « Circé » avec « Le chant d’Achille ». Et c’est encore une très belle découverte. Je l’ai dévoré. Un coup de cœur, j’ai vraiment un petit crush pour Patrocle. Il est sensible, humain et il est le reflet de l’humanité. Il est beau à l’intérieur et lumineux comme Achille l’est à l’extérieur. Leur amour est platonique. Ce sont des œillades échangées. L’incertitude… La passion prend le dessus. L’amour fusionnel. 

Découvrir la vie d’Achille à travers ses yeux, c’est perturbant, partial et en même temps tendre. 

Au début de cette lecture, je pensais que l’on suivait Achille. J’étais un peu perdu quand l’auteure a parlé de deux parents humains. Quelques pages plus tard, quand elle a finalement fait le nom de Patrocle, et la lumière fut. Effectivement, c’était plus censé.

 J’étais une grande fan du film Troie avec Brad Pitt, donc persuadée que Achille finirait avec Briseis. Là encore, l’auteure fait fort et continue de me désarçonner. J’aurais pu être déçue, mais pas du tout. 

Patrocle est le fils d’un roi et d’une simplette. Il est depuis sa naissance une déception pour son père. Frêle et loin de l’image de l’homme viril… Il ne s’illustre même pas par ses connaissances, il est simplet. Son père le rabaisse comme sa mère. Les perspectives d’avenir sont limitées, puis un affrontement change la donne. Patrocle est coupable de meurtre. Il est envoyé auprès du roi Pélée. Le roi accueille de nombreux petits garçons dans sa cour. Patrocle est de suite fasciné par Achille. Sa fascination devient admiration. Il suivrait Achille jusqu’au bout du monde. Mais les Parques semblent décider à se mêler à leur destin. Patrocle fera tout pour sauver son amour. Achille aura-t-il la gloire ? Restera-t-il le meilleur des Grecs ? La gloire vaut-elle tout l’amour du monde ? 

Madeline Miller nous offre une fresque tragique, douce, tendre et amère. Je ne comprendrais pas toujours les dieux. Thétis remplie d’amertume, elle déborde sur son fils. C’est une relation toxique comme on les aime. Elle s’impose en rivale face à Patrocle, le hait et lui lance des piques à tout va. Elle se réjouit de sa mort prochaine. Je ne peux pas dire que j’adore ce personnage, mais je le trouve très intéressant et complexe. Elle sera passée à côté de la vie de son fils. Elle voulait être présente et sans doute le choyer.

En bref, c’est un coup de cœur, une auteure à suivre et surtout une nouvelle facette de la Guerre de Troie.

Note : 5 sur 5.

Rédigé par

Les paravers de Millina

Passionnée de livre... Fantasy, Policier et Romance :)