L’année prochaine à la Havane de CHANEL CLEETON

Fragment de livre en guise de mise en bouche :

— Autrefois, c’était magnifique, déclare Luis, ce qui me surprend.

Nos regards se croisent.

— Oui. On le voit bien.

Il soupire et se tourne de nouveau vers la route.

— Chaque année, la ville vieillit un peu plus. On peint, on plâtre, on tente de la maintenir, mais un projet de cette ampleur ?

Inutile d’en dire plus. Sans argent, les Cubains ne peuvent pas faire grand-chose.

— La vieille Havane est en meilleur état que la plupart des quartiers. Les autorités la préservent pour les touristes, alors si tu veux un aperçu de ce qu’était la ville avant la révolution, c’est là qu’il faut aller.

Et un deuxième pour la route :

— Très peu de gens peuvent se permettre le luxe d’être politiques à Cuba.
— Et personne ne peut se permettre le luxe d’être apolitique à Cuba, réplique-t-il.

Mon avis :

Un délicieux moment de lecture !
Ce fut un excellent moment de lecture. Ce livre est génial. Cuba a un air de Paradis passé et présent. C’est un pays qui, durant toutes ces années, a connu de nombreux bouleversements et ils sont loin d’être finis. La.e lectrice.eur suit Elisa dans les années 50 et Marisol à l’époque actuelle.
Un vrai champ de mine intemporel !
Quelle que soit l’époque, Cuba semble marqué par un esprit de révolte. Le peuple aspire à plus, mais il a moins que rien. C’est révoltant et perturbant de voir qu’une révolution n’a pas changé grand-chose, qu’un tyran en a remplacé un autre. L’histoire se répète.
Dans les années 50 à Cuba, Elisa est issue d’une famille fortunée associée de près au régime de Batista. Elle voit son monde frivole s’envoler peu à peu. Les choses bougent. Son propre frère a épousé la cause des rebelles contre le régime de Batista. Si jusque-là, la politique ne l’intéressait pas, une certaine rencontre va changer bien des choses. Elle remet en question ses choix politiques et sa vision de son pays, pour, petit à petit, se faire son propre avis sur Batista, Fidel et la révolution. Fidel et le Ché promettent de détrôner Batista, de détruire sa politique élitiste et donner la liberté au peuple. Un beau rêve ! Tiendront-ils parole ? Feront-ils mieux que Batista ou pire ? C’est un chemin tortueux mais loin d’être tout tracé.
A notre époque, Marisol est en plein deuil, elle a perdu sa grand-mère Elisa. Elle était un vrai pilier dans sa vie. Elisa a exprimé le souhait dans son testament que ses cendres reposent sur sa terre natale : Cuba. Marisol se retrouve investie d’une tâche importante : trouver le lieu idéal. El Malecon, l’Hotel Nacional, le Tropican ? Tant de lieux qu’elle ne connaît qu’à travers les récits de sa grand-mère. Lequel choisir ? Heureusement, elle loge chez Ana, la meilleure amie d’Elisa, peut-être aura-t-elle une idée ? Pour l’aider, celle-ci lui donne une malle contenant des affaires d’Elisa et des lettres d’amour. L’incompréhension la gagne, elle n’était pas au courant de ce premier amour. L’homme en question est-il encore en vie ? Elle pourra compter sur Luis le petit fils d’Ana pour l’aider à retrouver ce mystérieux inconnu.
J’ai adoré le personnage de Luis. Il est autant attachant qu’utile à la narration. Notamment, car il permet de faire la transition entre la partie sur Elisa et celle sur Marisol. Son personnage est primordial pour ce récit. Il explique bien les différences et similitudes entre les deux régimes. Il est critique envers son pays et en même temps, il l’aime. Une belle ambiguïté !
J’ai adoré découvrir Cuba à travers les yeux de Luis et au côté de Marisol. J’ai vraiment accroché à ces deux personnages, même si je n’ai pas de chouchou. Tous les personnages sont travaillés et ils m’ont transportée à leur côté.
Une plume qui sent le soleil !
La plume de l’auteure m’a fait voyager. J’avais l’impression d’être à Cuba, de sentir le vent dans mes cheveux, le soleil réchauffant ma peau, de voir l’océan venant se jeter sur les rivages le long du Malecon et d’entendre le bruit du moteur des vieilles voitures aux couleurs vives. L’auteure arrive à dépeindre un Cuba imparfait mais paradisiaque (à certaines conditions) !

En résumé : C’est une excellente lecture. Je l’ai dévorée, je suis bien contente qu’elle n’ait pas trop patienté dans ma PAL (Pile à Lire). Je ne suis jamais allée à Cuba, mais ce livre m’a ouvert l’appétit, peut-être une future destination qui sait.

Note : 4.5 sur 5.

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