La couleur des sentiments de KATHRYN STOCKETT

Fragment de livre en guise de mise en bouche :

“Eh bien, c’est du mauvais goût caractérisé, laisse tomber Hilly. Sans te vexer, Elizabeth.

– C’était comment, Hollywood ? demande Lou Anne.

– Oh, c’était comme un rêve ! Et la maison de Trudy… la télé dans toutes les pièces, un mobilier ultramoderne avec des sièges sur lesquels on ose à peine s’asseoir… On est allés dans tous les grands restaurants fréquentés par les stars, on a bu des Martini et du vin de Bourgogne. Et un soir, Max Factor en personne est venu à notre table et il s’est mis à parler avec Trudy comme s’ils se connaissaient depuis toujours !” Elle secoue la tête. “Comme s’ils se rencontraient en passant à l’épicerie du coin !” Elle soupire.

“Eh bien, à mon avis, c’est tout de même toi la plus jolie de la famille, dit Hilly. Je ne dis pas que Trudy est moche, mais tu es plus gracieuse et c’est toi qui as le plus de classe.”

Mon avis :

Lire le livre après avoir vu le film, bonne ou mauvaise idée ?
J’ai longtemps (3 ans pour être exacte) repoussé la lecture de ce livre. J’avais tellement envie de le lire, et en même temps, j’avais eu un tel coup de cœur pour le film, que j’avais peur d’être déçue par le livre. Le livre diffère du film : de nouveaux personnages, des scènes et des personnages plus développés… Je n’ai donc pas eu l’impression de lire une pâle copie du scénario du film. Au contraire, il est complémentaire. Tout compte fait, j’aurais dû me lancer bien plus tôt dans cette lecture. C’est un coup de cœur.
J’ai eu les larmes aux yeux et j’ai été bouleversé par tant d’émotions entre rire, tristesse, amertume et indignation.   
Un kaléidoscope de personnages !
Dans la petite ville de Jackson, Mississippi, les blanches sont à la maison, elles s’occupent des gosses et des œuvres caritatives. Mais qui s’occupe d’elles ? Les bonnes ! Celles-ci lavent leur linge, leur sol, leur gosse, mais leur travail ne s’arrête pas là. Elles pansent les blessures de leurs enfants. Elles leur lisent des histoires. Elles les réconfortent. Elles sont comme des mères pour ces enfants. Alors qu’elles ne sont même pas présentes pour les leurs. Elles ont parfois des patronnes respectueuses, d’autres justes imbuvables qui les traitent pire que des vieilles chaussettes.
Miss Skeeter, une jeune blanche, retourne à Jackson à la fin de ses études. Peut-être a-t-elle changé ou son ambition de devenir journaliste l’a changée ou peut-être est-ce dû à la mystérieuse disparition de sa nourrice Constantine ? Mais elle ne peut s’empêcher d’avoir un regard critique sur ses amies. D’autant plus après cette histoire de toilettes séparées pour les bonnes. Eh oui ! comme ça aucun risque qu’elles ne leur transmettent leurs maladies ou qu’elles salissent leurs toilettes.
Miss Skeeter ne peut s’empêcher de demander à Aibileen, la bonne d’Elizabeth, ce qu’elle en pense. Aibeleen est scotchée par la question d’autant plus qu’elle vient d’une blanche. Elle ne s’est jamais permise de se poser ce genre de question à elle-même. Depuis, elle l’obnubile, ne la lâche plus. Qu’entendait par là Miss Skeeter ?
Minny, quant à elle, est un véritable cordon bleu, mais c’est une bonne qui n’a pas sa langue dans sa poche. Cela déplait à sa patronne Miss Hilly. Elle est virée après un incident. Elle croise les doigts pour trouver un nouveau travail, mais malheureusement Miss Hilly a une forte influence. Trouvera-t-elle un nouveau travail et réussira-t-elle à le garder cette fois ?
Attachantes à leur manière !
J’ai un grand faible pour Minny, cette grande gueule. Je me suis aussi beaucoup attachée à Aibileen, sa douceur et gentillesse, Skeeter et son enthousiasme ainsi que le personnage de Célia Foot, superficiel mais en même temps, pleine de surprises et pas de tout repos. 
Les personnages secondaires ne sont pas en reste !
D’autres personnages secondaires viennent s’ajouter, ils sont bien développés et contrastés. Les blanches ne sont pas toutes un stéréotype, notamment quand on creuse un peu la surface. D’autres sont tout simplement trop coincées dans le rôle que la société leur a donné. Elizabeth est un bon exemple. D’autres encore se complaisent dans ce rôle, épaulent leur mari, et sont racistes comme pas deux. Doit-on y voir une critique de la condition de la femme sans distinction de couleur ?
L’Amérique des années 60 est tellement raciste !
J’ai du mal à me dire que ce roman décrit l’Amérique d’il y a à peine 60 ans. Ça m’a l’air tellement lointain. C’est vrai que je suis née peu avant les années 2000 dans une famille avec une grande mixité ethnique et culturelle. Du coup, j’ai eu beaucoup de mal à comprendre le comportement de ces femmes blanches vernis sur ongle. Elles sont tellement étriquées au point de ne pas se rendre compte qu’elles sont elles-mêmes esclaves de la société.

En résumé : C’est une belle lecture, riche en émotions… Elle est révoltante mais elle pousse aussi à se remettre en question ainsi que la société actuelle. Après les événements récents, on peut se demander si on a autant évolué que ça. En tout cas, il serait bon d’apprendre de nos erreurs et de ne pas les oublier.

Note : 5 sur 5.

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