Première page ! #89

Cher.e.s Voyageur.e.s,

Je partage avec vous le première page d’une de mes lectures passées Doucement renait le jour de Delphine Giraud. Il s’agit de la première page de la version numérique.

Dimanche 28 octobre 2018

La jeune femme bifurque sur la droite en trottinant pour emprunter le petit sentier qui serpente entre les arbres. La grande allée est certes plus praticable, mais tellement ennuyeuse lorsqu’il s’agit de s’adonner à une activité aussi inintéressante que la course. Il paraît qu’il faut plusieurs mois de pratique avant d’en savourer les bienfaits et parfois devenir accro. Très peu de chances pour qu’elle en arrive là. Cette exception dans son emploi du temps n’a pas été préméditée le moins du monde. Dans un moment de désoeuvrement, elle a juste pensé aux taquineries régulières de Julie, sa sportive de salariée, et s’est décidée à lui offrir un sujet de conversation passionnant mardi.

Connie distingue à présent difficilement le ciel à travers les hautes cimes des arbres. Les nuages bas, gris et denses, que le vent quotidien ne parvient même pas à chasser, font de l’effet d’une chape de plomb depuis quelques jours. La nature semble figée ainsi, destinée à subir éternellement le joug d’un froid couvercle d’acier. Connie frissonne. Elle jette un regard par dessus son épaule pour s’assurer qu’elle n’a pas perdu l’allée centrale. Si c’était le cas, elle ne retrouverait probablement pas son chemin. Elle vient de temps en temps dans cette belle forêt de Mervent, pour y cueillir de la mousse ou admirer les jacinthes des bois au printemps, mais elle ne s’aventure jamais au-delà des endroits qu’elle connaît.

Tout à coup, Connie entend un bruissement non loin d’elle. Qu’est-ce donc ? Les bois sont remplis d’animaux, mais ils se font discrets en journée, surtout en présence d’humains. Peut-être a-t-elle rêvé ? Le bruit se fait de nouveau entendre. Connie s’arrête un instant pour mieux écouter. Les innombrables coureurs et vététistes du dimanche matin sont depuis longtemps rentrés chez eux. En cette journée fraîche et maussade, les téméraires prêts à se lancer dans une balade forestière ne sont pas légion. Alors de quoi peut-il bien s’agir ?

Encore ce frémissement. Les feuilles qui se froissent, la végétation qui murmure. Une chose est sûre, Connie n’est pas seule dans cette forêt. Elle ne connaît même pas le calendrier des jours chassés. Elle n’a pas pris ses précautions, elle va se faire tirer dessus comme un lapin, ou charger par un sanglier aussi terrorisé que furieux. Quand elle venait ici avec son père, autrefois, ils ne se posaient pas toutes ces questions. Du moins le pensait-elle… Le bruit se rapproche. Prise de panique, elle s’accroupit pour se cacher derrière de hautes fougères. Soudain, il surgit devant elle, lui arrachant un grand cri de surprise. Un homme à vélo. Pour empêcher la collision, il freine brusquement. Les pneus crissent, le cycliste tombe sur le côté. Connie se redresse, en dépit de la frayeur qui menace de la paralyser.

Bonne lecture !

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