Mon avis
Es-tu déjà allé voir un film à cause d’une note ? Personnellement non, pas jusqu’à maintenant, c’est une première. La note UGC était élevée et le début du synopsis tentant.
Maria Angeles fait partie de ces Espagnols qui vivent à Tanger depuis leur naissance. Ses parents ont fui Franco et elle est née sur une terre de soleil, loin de la domination d’un dictateur. Elle a maintenant 70 ans et connaît son voisinage comme sa poche. Elle a tous ses ami(e)s, ceux encore présents et ceux dont il faut fleurir les tombes de belles roses. C’est sa vie.
Sa fille débarque. Elle est épuisée. Les retrouvailles sont tendres, mais dès la fin de la journée, la réalité la rattrape. Infirmière avec un salaire bas, mère divorcée avec peu d’aide, la majeure partie de son argent passe dans le loyer. Elle a besoin de liquidités. Or, elle est propriétaire de l’appartement de sa mère à Tanger. Tu le sens venir, cher lecteur : elle va vendre. Sa mère subit sans rien dire et se réfugie dans le silence.
Il n’y a qu’avec Sœur Joséfa qu’elle ose se plaindre. Sa fille prévoit de la mettre à l’hospice pour les Espagnols de Tanger. C’est gratuit et comme ça, sa mère, qui n’a pas de retraite, ne lui coûtera rien. Comment peut-on traiter sa mère ainsi ?
Elle ne lui demande pas son avis. Sa mère n’a clairement pas droit à la parole. Personne ne parle vraiment. L’argent est un sujet tabou. Pourquoi ne pas envisager une colocation ou une autre solution ? Au contraire, la fille aimerait qu’elle vienne à Madrid : elle verrait plus ses petits-enfants et éviterait les billets d’avion trop chers. Les deux discours peuvent s’entendre, mais la question demeure : pourquoi ne se parlent-elles pas ?
La fille s’exprime, la mère se tait. Elle part à l’hospice, mais cela dure jusqu’à ce qu’on lui impose une coupe au carré, presque militaire. Ce n’est pas possible. Elle décide de reprendre sa vie en main et surtout de racheter ses meubles à l’antiquaire. Ce n’est pas une mince affaire.
C’est mignon, doux et franc. Maria Angeles n’a pas sa langue dans sa poche, surtout avec Sœur Joséfa. Elle est incroyablement attachante.
Le tabou de l’argent, cette impression de situation inextricable, n’est pas facile à vivre. Mais le sujet, c’est aussi tout ce qui nous empêche de parler : nos envies, notre égoïsme, et parfois simplement la peur du rejet ou de l’incompréhension. Ce film n’est pas la révélation de l’année, mais je suis ravie de m’être échappée avec cette femme déterminée. Elle a des envies.
C’est aussi l’expression d’un amour sans âge, beau même s’il est moins mis en avant. Moins vendeur sans doute, parce que la société n’est pas prête à la vie sexuelle des septuagénaires. Pourtant, qui dit qu’il existe une date limite ? Pas de scènes explicites, rien de trop audacieux, juste quelque chose de beau, discret et poétique. Nous ne sommes pas dans l’érotique, simplement dans la vie.
En résumé
Que faire quand on est économiquement dépendante de sa fille, elle-même incapable de joindre les deux bouts, détentrice du titre de propriété et inquiète pour l’avenir ? Devenir propriétaire à Madrid est une réponse, mais si cela vous déloge, est-ce juste ? Cette ville, c’est votre famille, votre histoire, et cet appartement le dernier souvenir de votre premier amour. Alors que faire ? Que dire ? Le silence est une arme à double tranchant.
