Fragment en guise de mise en bouche :

La Furie ne s’embrassa pas de sermons. C’était une déesse des tourments, qui comprenait l’éloquence de la violence. Le son du fouet ressemblait au craquement des branches de chêne qui se brisent. Les épaules de Prométhée tressaillirent, et une plaie de la taille de mon bras s’ouvrit le long de son flanc. En retenant leur respiration, les spectateurs autour de moi émettaient un sifflement pareil à celui de l’eau sur des roches brûlantes. La Furie leva de nouveau son fouet. Crac. Une bande de chair sanguinolente se détacha du dos de Prométhée. Elle se mit à lacérer pour de bon, chaque coup succédant au précédent, lui arrachant la peau en longues bandes qui s’entrecroisaient sur son dos. On entendait juste le claquement du fouet et les inspirations laborieuses et explosives de Prométhée. Les tendons de son cou saillaient. Dans mon dos, quelqu’un me poussa pour essayer d’avoir une meilleure vue.

« Dès que je m’inquiétais pour la sécurité de mon père, elle secouait la tête. « Ne crains rien pour lui. Il est trop malin pour se faire tuer, parce qu’il connaît trop les ruses du coeur des hommes, et la manière de les retourner à son avantage. Il survivra à la guerre, et il reviendra à la maison. » Et ça me réconfortait, car ma mère disait toujours vrai. « 

Un arc fait main, c’est ainsi que l’avait appelée Ulysse. Une étoile fixe. Une femme qui se connaissait elle-même.

Mon avis :

Et, c’est un sacré coup de cœur ! Ce livre me rappelle un tas de souvenirs. Circé, je ne la connaissais qu’à travers les récits de mon Nonno (grand-père) sur les aventures d’Ulysse. J’avais du mal à apprécier cette sorcière qui a changé des marins en cochon. En même temps, j’adorais Ulysse et tous ceux qui s’en prenaient à son équipage ou à lui je les détestais. Ce n’était donc pas mon passage préféré de l’histoire d’Ulysse. Comme vous l’aurez deviné maintenant, mon jugement n’est déjà plus impartial quand on parle de la mythologie grecque. 

Revenons à nos moutons !

Plus Madeline Miller avance dans son récit, plus je m’attache à Circé. Elle est spectatrice dans sa vie. Elle est une fille d’Hélios, un titan, et pourtant, elle passe inaperçue. L’ignorance est terrible, mais c’est aussi une liberté. Elle vagabonde sur les plages et tombe amoureuse d’un mortel. Une histoire qui pourrait s’arrêter là. Circé est obstinée, elle ne peut laisser celui qu’elle aime à sa condition de mortel. Réussira-t-elle à le transformer en dieu ? Quelles seront les conséquences si son stratagème est découvert ? 

Mais alors comment a-t-elle fait pour croiser la route d’Ulysse ? 

Quelle méchanceté envers elle, et malgré tout elle sait faire preuve de bonté. Elle est curieuse. Elle est tombée amoureuse d’un humain et tout a basculé. Elle a été exilée. Elle ne se renie pas, elle fait preuve de persévérance. Elle exerce son art. Elle est accompagnée d’un loup et d’un lion. Une compagnie plutôt périlleuse, mais elle est seule en mer et une femme seule est une proie facile. Chaque événement la construit, la rend méfiante… Son cœur reste ouvert et une rencontre pourrait tout changer. 

J’ai adoré ce mythe revisité, tout m’a plu. L’enchaînement des événements, la cruauté des dieux, leur malice et le comportement parfois barbare des hommes, personne n’échappe à la critique. Chapeau ! 

La plume de Madeline Miller a su me happer dès les premières pages. Une seule chose m’a un peu dérangée au début du livre, c’est qu’il me fallait parfois deux paragraphes pour comprendre de qui parlait l’auteure. Je ne sais pas si c’est un défaut de traduction ou en lien avec le texte d’origine, ce cas s’est présenté deux ou trois fois au début du récit. 

En résumé, c’est une super découverte de l’auteure, une idée de cadeau merveilleux pour les fans de mythologie et un coup de cœur magistral.  

Note : 5 sur 5.

D’autres avis :

Rédigé par

Les paravers de Millina

Passionnée de livre... Fantasy, Policier et Romance :)