Elijah de NOËL BOUDOU

Fragment en guise de mise en bouche :

« Mon frère, malgré son handicap et son physique asymétrique a, lui aussi, ce regard immense et bleu, tellement limpide. Le regard de ma mère.
Si vous me rencontrez un jour en sa compagnie, ne vous moquez pas de lui.
Ne vous moquez pas de son corps distordu.
Ne vous moquez pas de son fauteuil roulant décoré avec des photos de ses groupes favoris, et aux couleurs des équipes sportives qu’il soutient, le F. C Barcelone en tête. »

Mon avis :

C’est un bon roman noir, émouvant et triste. Il est loin de montrer le bon côté de l’humain. D’ailleurs, âmes sensibles s’abstenir !
Un thème d’actualité malheureusement !
Les violences conjugales sont bien traitées, il y a tout : la maltraitance physique, psychologique. Pour l’auteur, les maltraitants sont des monstres. Ça me dérange car, en les mettant au rang de monstres, on les déshumanise, on leur enlève la responsabilité de leurs actes. Ces monstres ont même des excuses bidon comme l’alcool ; certes l’alcool peut rendre violent, mais il ne fait pas tout.
Le personnage principal est le fils d’un de ces monstres. Son père a encore une fois levé son bras sur sa femme enceinte. Il l’a envoyée à l’hôpital. Son état est critique. Et ça ne lui a pas suffi, il s’en est pris à son fils. Mais son fils est assez grand pour riposter. Il le tue, l’égorge, le coupe en morceau et c’est la naissance d’un autre type de monstre… Un monstre de circonstance ! Cette même nuit, il perd sa mère, mais son petit frère est sauvé in extremis de son ventre. Il a manqué d’air pendant 3 minutes. Il est sauvé, mais à quel prix, il sera handicapé à vie. Un rappel à vie de la violence d’un père et de ses conséquences. Heureusement, il peut compter sur l’amour inconditionnel de son grand frère. Il se battra pour lui, pour qu’il ait une super vie… Que personne ne se moque de lui.
Cette nuit-là, c’est un autre type de monstre qui nait, un tueur en série, un prédateur pour les monstres.
La plume de l’auteur est efficace, rythmée, immersive et sombre. Mais il y a un trop plein d’hémoglobine, de gore, plus que nécessaire. Même sans ce surplus, j’aurais été glacée jusqu’au sang.
L’auteur propose le point de vue de plusieurs protagonistes notamment le personnage principal mais aussi son petit frère, son ami Milo et d’autres intervenants. Les parties de son petit frère sous forme de journal intime mental sont franchement touchantes. Son point de vue interroge sur la justice, la définition du monstre…Il soulève quelques questions : Qui est le monstre, le grand frère ou le père ?
Un hic pour finir !
Il y a des répétitions dans le point de vue du grand frère. Certes, elles appuient le drame. Elles attirent le regard. Mais elles alourdissent le récit car elles se répètent aussi au niveau des autres intervenants et c’est dommage.

En résumé : une bonne lecture, un univers plein d’interrogations avec un thème bien exploité mais des petits hics qui, malheureusement, enlèvent du poids aux propos de l’auteur.

Note : 3.5 sur 5.

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