Cher.e.s voyageur.e.s,

J’ai modifié le rendez-vous premier paragraphe et je me suis rendue compte que ma nouvelle version et très similaire à celle du rendez-vous premières lignes créées par Ma lecturothèque d’où le changement de nom. Je reprendrais le nom de « premier paragraphe » pour les devinettes littéraires car le principe est un peu différent.

Le principe : chaque semaine, je prends un livre et je vous en cite les premières lignes du récit. 

Je partage avec vous la première page du livre version numérique d’une de mes lectures présentes La délicatesse du Homard de Laure Manel :

Elle est encore là. De loin, je devine sa silhouette recroquevillée au pied du rocher. Au même endroit que tout à l’heure, et dans la même position. Instinctivement, je regarde ma montre. Dix-huit heures. J’en ai donc passé trois à me promener. Il est rare que je parte si longtemps, mais là j’avais du temps devant moi. Pour une fois. Je m’approche prudemment, pour ne pas l’effrayer, surtout que Jador est du genre imposant. Me voilà presque à sa hauteur. Elle reste dans la même immobilité. Il n’y a que ses cheveux qui volent autour de sa tête. Ce qui lui donne un semblant de vie.

Est-ce qu’elle dort ? C’est peu probable, vu les conditions. Avec ce vent qui commence à gronder, et son inertie, je crains plutôt qu’elle ne soit en hypothermie. Je reste là, un peu comme un con, sans savoir quoi faire. L’interpeller ? Situation inédite. Que fait une femme seule dans ce lieu perdu face à l’océan alors que la nuit va tomber ? Est-ce une femme seulement ? Ça pourrait aussi bien être une jeune fille. Elle a l’air si frêle. Je me risque :

– Mademoiselle ?

Rien ne bouge. Même ses cheveux semblent s’être arrêtés. On dirait une statue. La peur me saisit soudain. Elle pourrait avoir perdu connaissance… être morte ? Dans cette position, je suppose que non, mais une poussée d’adrénaline me fait descendre de cheval promptement. Je m’approche, maladroit, pose ma main sur son épaule garnie de boucles blondes. « Oh, oh », je fais. Je la secoue légèrement. Elle gémit. Soulagement… Je dégage son visage de ses cheveux décidément très fournis. Une femme, oui. Sa tête dodeline, penche vers l’arrière, ses yeux s’entrouvrent et tournent. Elle semble au bord du malaise. Et moi aussi, du coup. Je n’ai pas d’eau, pas de sucre, pas de couverture. 

Bonne lecture !!

7 commentaires sur « Premières lignes #98 : La délicatesse du homard de Laure Manel »

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