Cher.e.s voyageur.e.s,

Je partage avec vous la première page « numérique » d’une de mes lectures passées Les vagues reviennent toujours au rivage de Xavier Marie Bonnot :

Lesbos, camp de Moria

24 mai 2017

— D’où venez-vous ?

Les regards se tendent, fatigués par la routine d’une tragédie qui bégaye, jour après jour.

— Depuis son arrivée, elle ne parle pas, dit l’infirmière. Elle est choquée. Elle m’a juste dit son nom : Amira.
— D’où vient-elle ?
— Syrie. De Raqqa, d’après ce que m’a dit un autre rescapé.
— Rescapé ?
— Oui, leur bateau a coulé à quelques centaines de mètres du rivage. Il y a eu au moins un noyé. Un homme qu’on a trouvé sur la plage, hier soir. C’était un jeune médecin d’Idlib, une ville entre Alep et Lattaquié.

Assise sur un banc, toute sage, presque immobile, Amira regarde le petit monde qui l’entoure. Ses grands yeux d’un vert pur, pareils à ceux des Kurdes, interrogent chaque objet, aussi dérisoire soit-il, qui se trouve dans la grande tente blanche de SOS Mare Nostrum. Il y a de l’angoisse et une tristesse infinie dans ses prunelles toujours en mouvement. Face à elle, le docteur Thalia Georguis, psychiatre, et une infirmière qui l’a prise en charge à son arrivée.

— Est-ce qu’elle mange correctement ?
— Oui, docteur. Quand il y a de quoi. C’est pas tous les jours en ce moment.
— Je sais… Thalia jette un coup d’œil au dossier d’Amira. À son arrivée à Lesbos, un médecin d’une ONG grecque l’a auscultée avant son transfert au camp par les policiers du centre de Mytilène, le passage obligé pour tous ceux qui parviennent à débarquer sur l’île. Il a noté sur son rapport des ecchymoses, peut-être dues à des coups. Pas de viol. Amira est toujours vierge.

Bonne lecture !

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