Fragment de livre en guise de mise en bouche :

– William et moi pratiquions ce qui est communément appelé le tourisme noir. Ou tourisme de la désolation. Cela consiste à se rendre en des lieux frappés par des catastrophes de grande envergure. Les sites les plus visités au monde sont Auschwitz-Birkenau en Pologne et Tchernobyl en Ukraine. J’ai rencontré William par le biais d’autres amateurs de tourisme noir. Sauf qu’eux se contentaient de sillonner la France. Moi, je voulais l’étranger. Je voulais ce qui se faisait de mieux. Avec William, nous partagions cette même envie, ce même frisson. J’avais dix-sept ans, lui vingt et un. Quatre années de plus qui lui forgeaient déjà une petite expérience. Il m’a pris sous son aile, si je puis dire, me promettant des sensations ultimes et inoubliables. Je l’ai suivi. On a commencé par le Rwanda. Puis Auschwitz-Birkenau, où les touristes venaient en masse pour se prendre en photo tout sourire devant le portail en fer surmonté de cette célèbre phrase : Arbeit macht frei. « Le travail rend libre. » C’est là que les premières questions ont fusé dans ma tête. Est-il possible que j’appartienne à la même espèce que ces demeurés ? Mais je n’ai rien dit. Je voulais voir, encore. Nous sommes allés au Japon, au Cambodge, au village d’Oradour-sur-Glane en Nouvelle-Aquitaine. Le dernier voyage s’est effectué en Lettonie. Je ne m’en souviens plus très bien, mais c’est là-bas que j’ai découvert le vrai visage de William : un homme incapable d’aimer, de ressentir de la compassion. Un homme qui se complaisait dans la violence subie par les autres, les morts abjectes. J’ai alors compris que son paradis n’était qu’un enfer jonché de cadavres. Lors du vol retour pour la France, j’ai cogité, décortiqué ma décision, mais celle-ci était irrévocable : je devais arrêter ces conneries. J’ai planté William à l’aéroport et je l’ai effacé de ma vie en 2001, à dix-neuf ans.

Mon avis :

La part sombre de l’humanité !

C’est une bonne lecture. Ce thriller est rempli de bonnes idées. Mais, si j’ai bien accroché à la première moitié, ensuite, ça a dû partir en cacahuètes car j’ai décroché. Seulement, je n’ai pas pu rattacher les wagons dans la seconde moitié. J’ai quelques hypothèses. Le début est tellement hard, trash sans qu’on s’y attarde trop pour autant. Les chapitres s’enchaînent… Le rythme est incisif. L’ambiance est sombre, dure et noire, montrant le côté noir de l’humanité. Ce livre se penche sur ces oubliés de l’humanité : ces personnes à l’aspect physique différent, à la faculté mentale parfois limitée. Dans notre société actuelle, on dit accepter la différence mais quand celle-ci est trop importante, l’acceptation connaît-elle des limites ? Ce thriller essaie de répondre à cette question.

Le meurtre ouvre la porte sur une plus grande noirceur !

Est-ce seulement possible ? Le Bélier, Gabriel et Noémie arrivent sur une scène de crime des plus effroyables. Un médecin généraliste est retrouvé mort à son cabinet. Son sang recouvre les murs, ses mains sont séparées de son corps… Cette scène prive de mots ces policiers aguerris. Qui a bien pu commettre une telle boucherie? Les éléments montrent une certaine incohérence. Les coupables sont soit intelligents, soit franchement idiots ou bien, ils se savent hors d’atteinte. En tout cas, le bon docteur était bien loin d’être tout blanc. Il avait une fascination morbide pour les personnes atteintes d’acromégalie. Les acromégales sécrètent trop de facteurs de croissance. Ils sont grands et forts mais aussi difformes. Cette fascination pour l’acromégalie cache autre chose. Les morts s’amoncellent, est-ce qu’ils arriveront à arrêter ce carnage ? 

Une trame brumeuse ! 

Si, au début, les piliers de l’intrigue sont clairs et un peu mystérieux. L’intrigue s’effiloche et elle devient, comment dire, un peu bancale et surtout trop longue. C’est ce qui m’a perdu. La résolution prend trop de temps et elle est un peu alambiquée. Je n’ai malheureusement pas été convaincue par la fin. 

Les enquêteurs ! 

D’habitude, j’accroche aux enquêteurs mais là rien. Noémie et Gabriel sont trop cabossés. Noémie est marquée à vie par un souvenir d’enfance qui la hante et qui motive sa vendetta. Pourtant, cette vendetta passe à la trappe sans que l’on comprenne pourquoi, rendant l’histoire moins crédible. Puis, il y a le revirement de Gabriel qui ne m’a pas convaincu. Le bélier est le personnage qui m’a plu mais malheureusement on en sait peu sur lui. 

Une plume fluide ! 

Elle est fluide mais ce qui est surtout appréciable, c’est le découpage des chapitres. Ils sont courts, et s’enchaînent à rythme haletant. Ce rythme entretient le suspense et m’a permis de le lire jusqu’au bout. 

En résumé : C’est une bonne lecture. L’auteur nous entraîne dans une histoire très sombre pleine de ressentiment et de difformité. A trop chercher la normalité, on tue la différence. 

Note : 3.5 sur 5.

NB : Coïncidence, je ne crois pas ! Une anecdote triste mais étonnante. Le livre parle du Cottolengo et deux jours plus tard, j’apprends qu’une de mes grand-tantes y a trouvé refuge. C’est son foyer.  

Mes copinautes blogeuses.eurs :

4 commentaires sur « Les oubliés de Dieu de LUDOVIC LANCIEN »

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