Cher.e.s voyageur.e.s,

Je suis à fond dans un nouveau roman « Les oubliées du temps de Nele Neuhaus« . Je vais vous présenter le premier paragraphe, pour une fois assez long et qui est comment dire très alléchant.

Dimanche 10 mai 1981

Adossé au tronc rugueux du gros saule pleureur dont les branches plongeaient dans l’eau, il savourait le bonheur rare d’être absolument seul. C’était son lieu préféré. Ici il pouvait laisser ses pensées vagabonder, il se sentait en sécurité derrière le rideau de feuilles. Ici personne ne le suivrait. Les petits ne s’éloignaient jamais de la maison, redoutant les punitions s’ils se faisaient prendre, et les grands étaient trop paresseux pour marcher jusque-là, surtout par cette chaleur. Ils préféraient traîner, fumer en cachette, écouter de la musique, harceler les plus jeunes et se provoquer les uns les autres jusqu’à ce que quelqu’un pleure, une fille la plupart du temps. Il les détestait. Tous. Mais celui qu’il détestait le plus c’était LUI. S’il ne rentrait pas à l’heure, IL le punirait. Quand IL était de bonne humeur, ça se bornait à une volée de coups. Mais quand IL était mal luné, c’était pire. Bien pire. Il avait la gorge sèche rien que d’y penser. Mieux valait penser à maman, sa jolie maman qui était si loin. Et qui sentait si bon. Quand elle le prenait dans ses bras, qu’elle l’appelait mon petit prince et qu’elle l’amenait au zoo ou dans l’une de ces pâtisseries chics de Francfort, il était heureux. Autrefois, il la croyait quand elle lui promettait qu’elle viendrait bientôt, très bientôt le chercher et qu’alors ils seraient une vraie famille. Dans les moments particulièrement horribles, il se représentait comment ce serait d’habiter avec maman. Il ne comprenait pas pourquoi il était obligé de rester ici, mais se dire que c’était provisoire et qu’elle viendrait bientôt le chercher l’avait consolé, aidé à tout supporter. Quelquefois il avait eu peur qu’elle l’oublie, mais elle était revenue, et il s’était rassuré. Au moins pour quelques heures. Quand il était encore petit, il s’accrochait à elle lorsqu’elle lui disait au revoir, il ne voulait pas qu’elle reparte et le laisse ici tout seul. Maintenant il ne le faisait plus. Il avait tout de même treize ans, il avait passé l’âge de pleurer comme un marmot.

Bonne lecture !

Un commentaire sur « Premier paragraphe #75 »

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